Le débat du mois : l’écriture inclusive

L’écriture inclusive, c’est quoi ?

L’écriture inclusive ou langage épicène représente un ensemble de règles orthographiques ou pratiques orales cherchant à travers le choix des mots et leur syntaxe à éviter toute discrimination par le langage ou l’écriture. L’écriture inclusive peut ainsi avoir une portée politique en cherchant à gommer le sexisme institutionnalisé de notre société. Mais pourquoi fait-elle parler d’elle depuis plus d’un mois ?

On a tous et toutes avant ce débat déjà lu une phrase incluant l’écriture inclusive : un(e) salarié(e). Cette forme d’écriture inclusive se distingue de celle qui aujourd’hui fait débat. Au lieu d’utiliser les parenthèses, on utiliserait le point médian ou le point classique ce qui donnerait par exemple : un.e salarié.e.

Au-delà de cette syntaxe particulière, c’est la féminisation des professions qui entre en jeu. Il est vrai qu’il est dans nos habitudes de masculiniser automatiquement certaines professions : un médecin, un politique, un auteur. La féminisation des professions propose ainsi de gommer cette forme de sexisme en féminisant dans notre langage les professions.  Ainsi, un auteur deviendrait une auteure ou une autrice. A l’intérieure même de sujet, un débat reste latent : devons-nous ajouter un « e » aux professions ou bien en changer l’orthographe pour correctement entendre la féminisation ?

Pourquoi ça fait débat ?

La langue française est une langue difficile, remplie de subtilités de par son vocabulaire étendu et sa grammaire exigeante. Ainsi, nous nommons et détaillons les choses, à la différence d’autres langues comme l’anglais, bien plus neutre. Les objets que nous utilisons sont tous différenciés entre le masculin et le féminin, et non-neutralisés. C’est une des particularités de la langue française et plus généralement des langues latines dont nous tenons l’héritage.

Il nous est donc pour nous impossible d’employer un genre neutre, n’existant pas de pronom neutre admis par l’Académie Française ni par notre société. De fait, le seul genre neutre que nous connaissons et que nous utilisons par défaut est le genre masculin. C’est ce qui est en parti responsable du débat, et de la volonté d’utiliser l’écriture inclusive dans notre langue.

Les contre

Gardienne de notre langue, l’Académie Française s’est montrée particulièrement contre cette nouvelle forme d’écriture. Elle l’accuse de créer une confusion syntaxique conduisant à l’illisibilité de notre langue, tout en désunifiant celle-ci, compliquant la tâche à la fois des pédagogues et des lecteurs. Plus fort encore, elle qualifie l’écriture inclusive « d’aberration » et de « péril mortel » pour la langue française et les générations futures et le patrimoine dont elle disposera, l’accusant de faire disparaître la langue française au profit d’autres.

Récemment d’ailleurs, Edouard Philippe, le Premier Ministre a décidé de bannir l’écriture inclusive des textes officiels pour des « raisons d’intelligibilité et de clarté de la norme ».

D’autres arguments ont fait surface aussi, rejoignant plus ou moins ceux cités ci-dessus : l’apprentissage du français et de la lecture deviendrait plus difficile, cette écriture n’est pas esthétique ou bien encore le fait que le masculin est déjà une forme neutre. Aussi, ce n’est pas parce qu’une langue de met pas avant le féminin, que la société qui l’emploie est sexiste.

Ces arguments sont tout à fait légitimes, mais ne satisfont pas les pro-écriture inclusive, mené principalement par des collectifs féministes.

Les pour

Les collectifs féministes ont fait monter ce débat sur la scène publique récemment, et on peut éventuellement faire un lien avec l’affaire Weinstein et la campagne #MeToo qui a été lancé contre le harcèlement sexuel. Luttant contre le sexisme et pour l’égalité hommes-femmes, les collectifs féministes se sont emparés de ce nouveau débat pour le faire rentrer sur la scène politique.

La langue représentant une institution, si celle-ci montre que le masculin l’emporte sur le féminin, elle institutionnalise dès lors, l’inégalité hommes-femmes au plus profond de notre société. Pour ces collectifs, il s’agit alors de lutter contre cette institutionnalisation pour rendre notre société moins sexiste.

Par ailleurs, les langues évoluent, changent pour s’adapter aux évolutions de notre société avec l’apparition de nouveaux mots qui n’existaient pas avant : « influenceur » « manager » « ubérisation », tout comme les anglicismes qui viennent se glisser dans notre langue. Ainsi, le français doit évoluer pour s’adapter aux mœurs non-sexistes de notre société : si une langue n’évolue pas, elle meurt. Ils dénoncent aussi la perte de l’usage du féminin et de ses accords comme une perte énorme pour la langue française.

Selon ces mêmes collectifs, ce ne sont pas les institutions qui prévalent, mais si une majorité de françaises et français utilisent l’écriture inclusive alors les institutions seront obligées de s’adapter, rejetant alors l’avis de l’Académie.

Est-ce que ça arrivera ?

Ce débat franco-français a fait énormément couler d’encre, mais reste dans la catégorie « buzz », ayant profité des diverses affaires Weinstein et des campagnes contre le harcèlement ; le débat semble d’ailleurs s’être tassé pour le moment. Peut-être qu’il réapparaîtra un jour mais pour le moment cela ne semble pas être le cas.

Comme dit plus haut, peut-être que si une majorité de personne finie par l’utiliser alors elle arrivera dans nos habitudes. Aujourd’hui l’utilisation de cette écriture reste plutôt cantonnée aux collectifs féministes l’utilisant.

De plus, d’autres luttes pour l’égalité hommes-femmes semblent cependant plus importantes qu’une réforme de l’écriture tout comme l’égalité salariale qui est une priorité reléguant alors le débat de l’écriture inclusive au second plan car ce débat ne défend pas de nouveaux droits ou l’accès à ces derniers.

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