« Le Brio » : L’éloquence comme arme face aux clichés

De prime abord, le scénario semble simplet et déjà vu. Une banlieusarde, Neila Salah a toujours voulu être avocate. Elle arrive en retard à son premier cours de droit dans l’éminente Université Panthéon-Assas. Tout de suite remarquée par Pierre Mazard, professeur froid, à l’air antipathique accumulant les propos racistes et provocateurs à son égard. Rapidement, le rectorat le découvre, un conseil de discipline est prévu. La seule manière de redorer son image est de faire participer Neila au prestigieux concours d’éloquence et de lui enseigner la rhétorique. Rien que nous n’ayons déjà vu, en somme.

Autour de cela, il y a une rencontre. Celle de Daniel Auteuil, metteur en scène, réalisateur et acteur reconnu avec Camélia Jordana étant encore dans les balbutiements d’une carrière d’actrice. La rencontre entre Pierre et Neila. Le français « pure souche », et l’immigrée de la deuxième génération. La vieille et la nouvelle génération. Le professeur, l’élève. L’élève arrivera-t-il à dépasser le maître dans ce contexte ?

Daniel Auteuil est très juste dans l’interprétation d’un personnage à priori cynique et impossible à apprécier. Finalement, on ne peut pourtant pas s’en empêcher. Le personnage de Neila est, quant à lui, insuffisamment approfondi. On n’arrive pas à partager ses inquiétudes et ses tourments. Au-delà du jeu peut-être trop simpliste de l’actrice-chanteuse, le personnage n’évolue pas vraiment. Cela semble être le principal hic de ce film.

Néanmoins, ce n’est pas un film sur le racisme entouré d’éloquence. C’est un film d’éloquence sur fond de racisme et de préjugés. C’est ici qu’Yvan Attal vise juste.

Pourtant, une heure et demie pour réhabiliter la langue française, c’est un défi ambitieux. Dompter les subtilités de la langue de Molière pour convaincre. La question ici n’est pas d’avoir raison mais de convaincre son auditoire et toutes les joutes verbales sont permises. Il s’agit de la lutte contre les fautes parlées, les raccourcis, le langage « texto », de redonner un statut à la communication représentée à travers toutes les époques, que ce soit par Baudelaire, Zola, Gainsbourg ou Brel. La force des mots dans leur utilisation, leur place et leur articulation. Notre question identitaire ne se pose pas que via notre origine, notre milieu social ou même nos actes. La leçon serait : nos mots et leur portée font ce que nous sommes. « L’habit ne fait pas le moine » oui, mais la parole ferait-elle l’homme ?

Note : 3/5

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