Edito #11 : « #MoiAussi », quand twitter devient juge et témoin

« Quand tout se fait petit, femmes vous restez grandes. » Victor HUGO

Cela faisait bien longtemps qu’une vague positive ne s’était pas emparée de la société avec une telle intensité.

Depuis la révélation de l’affaire Harvey Weinstein, producteur américain accusé de harcèlement sexuel par de nombreuses actrices, les réseaux sociaux ont vu émerger un gigantesque flot de témoignages, à charge contre des anonymes mais également des célébrités du milieu artistique, médiatique ou politique.

Le mouvement se lance vendredi dernier lorsque Sandra Muller, journaliste à la Lettre de l’audiovisuel, invite les victimes d’harcèlements sexuels à témoigner avec le hashtag #BalanceTonPorc. Deux jours plus tard, le mot-dièse est toujours dans le top des tendances.

Dimanche, c’est au tour de l’actrice américaine Alyssa Milano de lancer un hashtag : ce sera #MeToo (#MoiAussi). Ainsi, en trois jours, des dizaines de milliers de tweets témoignant d’agressions ou de harcèlements sexuels sont postés sur Twitter.

Un mouvement d’une telle ampleur est considérable, admirable et inspirant. Il ouvre une large voie à un mal enfin dénoncé par la société. Depuis des mois, de nombreuses initiatives, la plupart basée sur les réseaux sociaux, permettent de faire bouger les mentalités ; chaque tweet est important, chaque témoignage est bouleversant.

Dans ce flot de délits enfin exprimés par des femmes qui osent et se montrent très courageuses, des noms surgissent. Des noms jetés en pâture, souvent sans preuve, à jamais sur les réseaux sociaux.

Bien sûr, il semble que nul ne peut douter des souffrances, des douleurs et de la peine de celles qui sont et ont été victimes.

Mais cela révèle un grave problème.

Si prendre la parole publiquement a mis autant de temps, demande autant de courage, c’est que la justice ne suit pas réellement les victimes, ne les écoute pas, ne condamne pas assez. Ainsi, l’espace offert au témoignage par les réseaux sociaux se transforme en tribunal populaire et chaque utilisateur en devient juge.

Les noms sont désormais gravés dans les sphères d’internet, exposés au jugement dont seules les témoins sont cautions.

Ce combat n’est pas celui des femmes mais de la société : c’est aussi aux hommes de condamner ceux qui sont les bourreaux de la moitié d’entre nous en agissant avec une misogynie inconcevable.

Incitons à parler, aidons à témoigner. Écoutons et transformons.

« Ainsi sont toutes femmes, femmes. »  François Rabelais

Peter RECHOU

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