« Parce que les regrets nous hantent » de Fiona Couly

« Parce que les regrets nous hantent » est une nouvelle de Fiona Couly.

C ‘était vers Noël, mais je n’avais pas le cœur ni à rire ni à me réjouir des fêtes. Malgré la fraicheur extérieure, j’ouvris la fenêtre, y plaçais une chaise sur laquelle je m’assis dans le noir. Je songeais à ma vie si courte qui allait se finir, toute cette vie que j’avais ratée, à ces moments que j’aurai pu connaître, et à tout ces regrets que j’avais accumulés.

Même si elle ne comptait que trente années, je savais qu’elle avait été belle et précieuse je savais aussi que certains pouvaient envier mon ancienne vie.

Mon plus grand regret, je dois bien l’avouer, est de l’avoir laisser partir, elle… Cette fille hors du commun qui avait vraiment eu besoin de mon aide et que je n’avais bien évidemment pas aider, sinon je n’écrirais pas ces lignes. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi j’écris ceci. Peut être est-ce parce que je n’avais plus que quelques jours, quelques semaines, ou avec un peu de chance, quelques mois à vivre. Peut-être qu’encore une fois j’avais peur, il est vrai que la mort effraie, et je n’avais aucune envie de la voir en face.

J’ai toujours été lâche, surtout en ce qui concernait l’amour. D’ailleurs ce mot n’a jamais eu un sens pour moi. Sauf que ces derniers jours m’avaient obligé à tout repenser. Je devais penser à comment je voulais finir et avec qui. J’avais, inconsciemment, fait d’elle ma muse, elle était la femme que j’aimais sans aimer, que je haïssais au plus profond de mon âme mais que j’adorais au plus profond de mon cœur. Elle était devenu quelqu’un d’indispensable et pourtant je n’ai pas réussi à l’aider, et maintenant je le sais, je le voulais, mais j’étais désemparé de toute force, ma lâcheté m’avait rattrapé.

J’avais frôlé l’amour à de nombreuses reprises, mais ma peur me revenait toujours. Pourtant, à partir du moment où j’ai compris mon amour pour elle, tout était bien clair. Tout ce que je voulais c’était la prendre dans mes bras, la caresser, l’embrasser, lui répéter qu’elle était tout pour moi.

Seulement, maintenant, il était trop tard.

 

Tout avait commencé un soir, après un concert déchainé en Georgie, lors d’une tournée aux Etats-Unis. A cette époque, j’étais guitariste au sein d’un groupe. Nous avions réussi à percer après des années d’entrainement et d’acharnement. Leïla était notre chanteuse, il y a avait aussi Victorien, qu’on appelait Vic, le leader du groupe, et aussi le batteur. La musique était sa vie, il avait passé tout son temps à travailler sur nos chansons. Et aussi, le bassiste ; Baptiste qui lui, avait arrêté ses études de droit pour la musique. Tout a commencé lors d’un concert dans un bar. Un agent était présent et nous avait proposé un contrat.

Les semaines qui suivirent, nous devions partir en Floride pour nos derniers concerts.

Un soir, Leïla s’est présentée dans ma chambre d’hôtel en pleurant, totalement anéantie. Elle m’expliqua que le vingt-six mars était une date chargée de souvenirs, de regrets et de tristesse. Elle avait toujours été très mystérieuse, ainsi, le récit qu’elle me fit ce soir là me surpris. Elle m’expliqua ce tragique jour :

« C’était un jour très beau en Russie, quoi que très froid, nous vivions là bas avant de venir en France avec mes parents et Dimitri, mon petit frère. Il jouait dehors, il était toujours plein de vie et s’amusait à rien. Mes parents étaient en train de travailler et je devais m’occuper de lui, il était très indépendant pour un enfant de huit ans, alors je jetais des coups d’oeil de temps en temps, il était sage, jouant au ballon, rien d’anormal. Rien n’aurait pu me mettre la puce à l’oreille … Il s’est mis à jouer sur la route et … La voiture est arrivée, et … elle l’a happé… Je me souviens de tout comme si c’était hier, je l’ai vu, rouler sur le capo et se retrouver de l’autre côté de la voiture à terre, inerte ! Le conducteur n’a même pas eu le courage de s’arrêter, il a continué sa route sans se soucier de lui ! J’ai crié, pleuré, je tremblais plus que tout, j’ai couru à l’intérieur pour appeler les autorités compétentes, mais je me sentais absolument inutile, après l’appel je me suis agenouillée près de lui, lui ai chanté ses chansons préférées, j’essayais qu’il reste conscient par tous les moyens. Quand les urgences sont arrivées, il était trop tard. Mes parents ont été mis au courant et ne m’ont jamais pardonné. Je les comprends. Je ne me suis jamais pardonnée mon erreur, j’aurais dû l’avoir vu jouer sur la route, j’aurais du le prévenir… Il aurait dû être vivant. »

C’était exactement cela, mot à mot. Entre ses sanglots, son calme était intact pendant qu’elle parlait. Mais une fois tût, elle fondit en larme. Je me sentais inutile, que devais-je faire ? Mon cœur s’emballa de tristesse pour elle ou peut être de pitié, je ne savais pas vraiment. Mon seul réflexe pour la réconforter était de la prendre dans mes bras, de la cajoler.

A moi aussi les larmes montaient, tout d’abord pour elle, cela me faisait de la peine qu’elle ait vécu tout ce drame, mais c’était aussi parce qu’elle me rappelait moi, enfant, ayant perdu ma mère.

Comme une tentative désespérée, elle s’approcha de moi, toujours plus près. Tant et si bien que nos bouches étaient à quelques centimètres l’unes de l’autres. Je franchis donc l’espace qui nous séparait et nos lèvres se touchèrent. Ce fut notre premier baiser. Le plus beau ; un mélange de surprise, de respect gêné et de pudeur cachée. Tout cela s’était passé très vite, si vite que nous nous retrouvèrent à nous déshabiller, à se connaître plus intimement, nous nous glissèrent sous la couette, en apprenant nos défauts et nos qualités plus profondément. Le lendemain, quand je m’éveillais, elle était déjà partie.

Les jours, les semaines s’écoulèrent, elle faisait comme s’il ne s’était rien passé. Cela m’allait ; Bien que je fus un peu perplexe… am

 

Le soir où nous allions retourner en France, après notre tournée, elle vint dans ma chambre alors que nous étions en Floride, je savais qu’elle adorait cette région, elle aimait la mer, le soleil, la sensation de liberté que procurait cet endroit. Quand elle entra, je vis tout de suite que quelque chose clochait. Elle n’attendit même pas que je commence la conversation :

« Je suis enceinte. »

Elle partit. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Avoir un enfant ? Moi ? Cela me semblait impossible. Ayant eu, de mon côté, un mauvais père je ne donnais pas beaucoup d’espoir en mes qualités paternelles. Je me doutais qu’elle voulait avorter, ce n’était pas gérable un enfant avec le groupe et elle était indispensable au groupe. Après tous ces efforts acharnés, une seule année de célébrité tatillonne … Elle n’allait pas laisser nos espoirs, nos rêves s’anéantir. Je pris la décision de lui parler dans notre vol retour vers Paris, savoir ce qu’elle comptait faire, quelle décision elle allait prendre.

«  Si tu veux de mon soutien pour l’avortement, je suis là » Lui chuchotai-je dans l’avion lorsqu’il était en plein vol. Alors, elle explosa :

« Parce que tu penses que je vais avorter ?! Mes parents n’ont jamais été là pour moi et tu veux que je ne sois même pas là pour un si petit être ? Que je préfère le tuer avant même de lui avoir donné une chance dans ce monde ? La vie est trop courte déjà pour lui abréger son existence ! »

Vic et Baptiste entendirent tout. Elle se réfugia dans les toilettes de l’avion, nous laissant tous les trois. Mes deux meilleurs amis eurent la bonté de ne pas me poser de questions. Je tournais et retournais toutes ces informations dans ma tête, je n’étais pas prêt à vivre ça, je ne voulais pas être père.

Quand l’avion atterrit, elle partit et je ne l’ai plus jamais revue.

 

Le groupe se disloqua, la presse en fit une affaire d’Etat et nous demanda une masse impressionnante d’interviews pour en savoir la raison. Je me sentais comme Cherry Curry des Runaways, c’était à cause d’elle que le groupe s’était séparé, et dans notre cas c’était ma faute. Je voyais Vic dans toutes les émissions télé, il s’accrochait à ce qu’il lui restait, il envisageait de faire une carrière solo. Tout ce que je voulais c’était sa réussite. J’avais bousillé son rêve. Baptiste, lui, je l’avais vu sur sa page dans un réseau social, avait repris ses études, une grande carrière allait s’annoncer pour lui.

J’étais triste d’être la cause de la souffrance de nos fans, j’étais triste d’avoir perdu mes seuls amis, et j’étais encore plus triste d’avoir perdu la seule femme que j’avais vraiment aimé. Depuis l’adolescence, j’avais eu des petites amies, vécu des aventures mais sans plus. Je ne m’étais jamais impliqué émotionnellement dans ces relations. Avec Leïla ce n’était pas la même chose, elle avait été la seule et l’unique, la femme enivrante dont parlait les poèmes, dont parlait les romans, la sirène des mythologies, elle était tout pour moi et la laisser partir avait été un supplice sans pareil.

C’est ainsi qu’avait commencé ma vie solitaire.

 

Les années se suivirent. Entre temps, j’avais trouvé un petit boulot. Je passais donc tout mon temps à servir des cafés, des cappuccinos, des tartes et tout ce que peut servir un petit resto à Paris. Cela me faisait passer le temps et me permettait de subvenir à mes besoins. Cette vie n’était absolument pas celle que je voulais vivre, et pourtant cela me suffisait. Il me semblait qu’il fallait que je  passe une vie misérable pour permettre de repentir, d’expier mes pêchés.

Un soir, pris de courage, j’allais sur la page d’un réseau social et recherchai « Leïla Kojrakov » et tombai sur sa page. Elle semblait heureuse. Je regardai quelques photos, les plus anciennes étaient quand elle était enceinte, puis, ses photos se changèrent et le bébé grandit. Cet enfant était le mien et je n’arrivais pas à m’y faire. Il me ressemblait énormément, on aurait dit moi à son âge. Voir le visage de mon fils m’attrista, je n’avais jamais été là pour lui. En fin de compte, j’étais comme mon père. Non, j’étais pire encore : J’étais inexistant. Cette découverte, ce simple fait, me fit enrager. J’avais été le monstre que je ne voulais pas être, j’avais été la personne à laquelle je ne voulais pas ressembler, répétant les erreurs dont je m’étais promis de ne pas refaire. Je voulais la retrouver, il le fallait. Alors, de penser la revoir, rien que de songer que je pourrais l’entendre, lui parler me donna un bonheur fou. Certaines personnes pensent que c’est une accumulation de petites choses. Pour ma part je voyais ça comme un but, comme un sommet que je voulais atteindre. Comme le pensait Aristote : « Le bonheur est le but ultime de l’existence humaine, il est à la fois le but et la finalité de la vie. » Je ne savais pas trop quoi en penser.

A partir de là, je me mis à chercher ma dulcinée partout. J’essayais d’en savoir le maximum sur elle, et surtout sur l’endroit où elle habitait. Rien. Mes découvertes me menèrent vers une maison qui se trouvait à trois heures de route de chez moi, et qui n’étais plus habitée. Une année passa, toujours rien. Je perdais courage…

 

Mon monde monotone passait lentement tandis qu’en réalité le temps dansait follement. Si follement que treize années passèrent. J’avais maintenant trente quatre ans, je me sentais vieillir et j’avais l’impression d’être encore plus seul que jamais. J’avais fermé la porte à toutes les autres femmes avec qui j’aurais pu vivre, mais je savais pertinemment que je n’allais absolument rien ressentir pour elles. Leïla me manquait. Un soir alors que je zappais les émissions de télé rasoirs, je sentis une crampe dans ma jambe, horrible. La douleur était insupportable. Cela dura deux minutes mais c’était atroce. Je laissai tomber, cela m’arrivait souvent d’avoir des crampes.

Le lendemain, je partis travailler. Alors que j’allais servir un client, j’eus l’impression que le muscle de mon bras s’atrophia. La souffrance monta dans tout le membre, si bien que le plateau tomba et que le verre, l’assiette se fracassèrent sur le sol. Ma collègue m’aida à ramasser, mais je n’arrivai pas à faire passer ma peine. Après mon service, je me décidai à aller chez le médecin pour une ordonnance contre cette douleur. Je relatai donc mes souffrances. Mon docteur insista tout de même pour me faire passer tout un tas de tests.

Alors, quelques semaines plus tard, quand tous les résultats étaient dans les mains du médecin, je devais y retourner pour savoir ce que j’avais ;

« Entrez, je vous prie. » Me salua-t-il.

Il était grand, très fin, svelte, la peau sur les os. Ses cheveux poivre et sel étaient coupés courts, et malgré son âge qui devait être d’une soixantaine d’années, il n’y avait aucune trace de calvitie. Son bureau était cosy, il y avait une grande bibliothèque sur tout un pan de mur. Le bureau en chêne massif était imposant mais rendait bien dans le cadre de cette pièce.

« Alone, je dois vous avouer quelque chose de difficile à entendre, je pense qu’il faut que vous vous asseyez. Voilà. Donc, en vu de ces tests, je pense que vous avez une maladie appelée la maladie de Charcot. En avez-vous déjà entendu parler ? »

Je tournai la tête de droite à gauche.

«  Il s’agit d’une maladie neurodégénérative des moto-neurones. Les neurones moteurs du cortex cérébral seuls sont touchés par cette maladie, ce qui fait que, au bout d’un certain temps vos gestes seront difficiles, un pied ou une main s’atrophiera, jusqu’à ce que tous vos muscles vous lâchent. » Reprit-il, ses yeux bleus vitreux plantés dans les mieux.

« Quel traitement dois-je prendre ?

– Eh bien, il existe des traitements contre la douleur pour que ça soit plus facile à vivre, mais à partir de maintenant et je suis désolé de devoir vous l’apprendre, mais il ne vous reste plus que quatre ou cinq ans à vivre, maximum. Avec les médicaments, cela peut être plus long, jusqu’à dix ans. Avez-vous eu des problèmes d’élocution récemment ?

– Quelques uns, mais j’ai toujours eu des problèmes de ce genre à cause de ma timidité, pourquoi ? Qu’est-ce que ça a à faire avec ça ?

– Eh bien, vos neurones moteurs contrôlent vos muscles, donc ceux-ci vous lâcheront au fur et à mesure de la maladie, les muscles de la mâchoire sont ceux touchés le plus tôt, ce qui me vaut cette question. Je peux paraître direct, mais je veux que vous compreniez ce que cela implique.

– J’ai très bien compris, merci.

– Je vous demanderais de passer souvent pour vérifier votre état. Il ne faut surtout pas le prendre à la légère. »

Je hochai la tête, payai et partis en toute hâte. La maladie de Charcot. Je n’en avais jamais entendu parlé auparavant. Cela fait peur, rien que son nom fait peur. L’annonce de ma mort imminente me fit un choc, non pas parce que j’allais quitter ce monde, non, parce que je n’allais pas revoir Leïla et que je n’aurais jamais connu mon fils. Il y avait tant de choses à voir, à découvrir et de relations à réparer.

Dans la mort, c’est l’inconnu le plus effrayant. En réalité, on ne sait strictement rien là- dessus. J’allais partir en vaincu, j’avais raté ma vie ; quoi que son début avait été victorieux.

Après des soirées d’insomnie, je m’éveillai en sursaut, il fallait que je la retrouve ! Il m’était difficile de penser à mourir sans l’avoir revue.

 

  Trois années passèrent, quand un jour où le printemps avait décidé de paraître, où la chaleur pointait le bout de son nez, les arbres verdissaient et les fleurs poussaient tranquillement, je la vis. J’avais essayé de la chercher pendant des années, en vain, et maintenant, elle était là. Elle était assise à la terrasse du café dans lequel je travaillais. Mon cœur s’emballa, je sentis mon corps rougir et ma chaleur corporelle monter. Elle était habillé d’une robe cintrée bleue marine imprimée avec des hirondelles blanches et un gilet en coton blanc. La voir vêtue ainsi me déconcerta, quand nous formions encore un groupe elle était toujours mal fagotée dans des Jean’s avec des t-shirts difformes. Maintenant, elle était au summum de la féminité. Ses cheveux qui tombaient jusqu’au bas de son dos autrefois, tombaient à présent sur ses épaules en vaguelettes. Elle était toujours aussi petite et menue, mais son nouveau style vestimentaire faisait ressortir ses formes, ses épaules étroites étaient très bien dessinées par son pull, et sa robe qui se resserrait à la taille, laissait voir les rondeurs discrètes de ses hanches. Je n’avais pas encore vu son visage mais je pouvais deviner qu’il n’avait pas changé depuis la dernière fois. Malgré les changements vestimentaires, elle était la même. Quand mon regard se tourna, je vis qu’elle n’était pas seule. A ses côtés se trouvait un jeune homme, grand et fin, ses cheveux bouclés et noirs formaient une touffe autour de sa tête, il rigola. Son sourire était déstabilisant. Je ne savais comment réagir à la vue de mon fils.

Je poireautais donc là, immobile, au milieu de la terrasse du café, incapable de bouger, de prendre une initiative ou quoi que ce soit. Fallait-il que je les serve ? Le courage me lâcha et mon audace s’en alla très loin, l’idée de leur parler comme à des inconnus m’était insuportable. Pour me changer les idées je décidai d’aller servir d’autres personnes. Alors, ma main gauche me lâcha et s’atrophia alors que je passais près de la table de Leïla. Je fis donc tomber tout le contenu du plateau au sol, les verres s’écrasèrent avec fracas. La douleur me monta dans tout l’avant-bras, comme une énorme crampe qui m’empêchait de bouger mon membre. Le médecin m’avait prévenu qu’un de mes membres fonctionnerait moins bien que les autres. Il fallait que je m’y fasse. Je restai silencieux. Leïla se leva, toujours au secours des personnes en détresse, elle s’agenouilla près de moi pendant que je ramassais les débris avec mon bras valide. Alors, je levai la tête pour voir son visage, son si beau visage. Elle leva les yeux et  en même temps, nos regards se croisèrent. L’étincelle qui scintilla dans ses yeux quand elle me reconnu restera toujours gravé dans ma mémoire. Elle maintenit le silence m’aidant à ramasser les morceaux qui gisaient éparses. Quand la tâche fut finie, elle me chuchota :

« Viens à notre table après ton service. »

Je ne savais que répondre. J’avais redouté ce moment, que devais-je dire à mon fils ? Je ne connaissais même pas son prénom ! C’était une situation bien embarrassante. Quand mon service fut fini, une heure plus tard, je sortis et m’approchai. J’étais comme le lièvre craintif qui s’approchait du chasseur pour pouvoir faire ami-ami. Une fois arrivé à leur hauteur, je m’arrêtai :

« Je peux me joindre à vous ?

-Bien sûr. Me répondit-elle. Dimitri, c’est Alone, un ami de longue date. »

Alors, je compris que mon fils, qui avait vécu seize années sans moi, n’avait aucune idée de qui était son père.

« Salut ! Commençai-je, en lui tendant la main qu’il resserra dans la sienne.

-Salut.

-Il faisait parti de The Chesterfields, avec moi, Alone était le guitariste, comme ce que tu veux devenir.

-Oh ! Tu joues de la guitare ? Lui demandai-je étonné.

-Oui, maman voulait à tout prix que je joue d’un instrument, j’ai voulu faire de la guitare.

-Tu te débrouilles bien ?

-J’essaie, on veut monter un groupe avec mes potes, mais c’est pas top…

-T’inquiètes, c’est ce qu’on se disait avec Vic quand on a commencé.

-Vic ?

-Oui, c’était le leader du groupe, et aussi le batteur. Il était génial ! C’était son rêve de créer un groupe, de devenir célèbre et tout ça. »

Ces histoires de groupe, de musique le passionnaient et je ne pouvais m’arrêter, son regard pétillant, jeune… Je me revoyais en lui. Leïla elle, nous écoutait gentiment, et ne faisait aucun commentaire. Je ne savais que trop ce que cela voulait dire… Peut-être m’en voulait-elle toujours.

 

Les heures passèrent et les sujets de conversation que j’entretenais avec mon fils étaient sans fin. Tout l’intéressait, il était respectueux, très bien élevé. Voyant que le soleil se couchait en cette fin du mois de mai, Leïla se leva en hâte :

« Tu manges à la maison ce soir ? »

Cette proposition me déstabilisa d’abord, puis, n’ayant rien à faire de mieux, j’acceptai. A la fois étonné et curieux, j’attendais patiemment d’arriver chez eux et continuer notre discussion.

 

Devant le portail menant à son appartement, je n’arrivais pas à me calmer. J’avais l’impression d’être petit, minuscule, insignifiant. Tout ce que j’avais à faire était appuyer sur ce bouton et franchir cette porte. Je m’exécutai.

« Oui ? »

« C’est Alone. »

Un son strident et électriquese fit entendre, je passai la porte.

Son appartement était petit, mais très bien aménagé. Une cuisine américaine avec un îlot central se trouvait au milieu de la pièce. Il y avait un canapé marron clair près d’un tapis rond. Sur la table basse étaient disposés plusieurs livres ; de la poésie, des romans. En levant la tête je remarquai une bibliothèque collée au mur sur laquelle étaient posés une centaines de livres.

La soirée passa à une allure folle, mais Dimitri dû se coucher pour aller au lycée le lendemain. Je m’en voulais de ne pas l’avoir vu grandir, et de ne pas avoir passé plus de temps avec lui ; Il était un beau jeune homme maintenant… Une fois qu’il fut au lit, je me retrouvai seul avec Leïla, mon cœur s’emballa. Il y eut un silence gêné, puis elle le combla :

« Qu’est-ce que tu es devenu depuis tout ce temps ?

-Serveur, comme tu as pu le voir, rien d’autre.

-Je vois.

-Tu t’es très bien occupée de notre fils, il est génial.

-Ca aurait été mieux si tu avais été là. »

Cette réflexion me fit l’effet d’un coup dans le ventre. Me regrettait-elle ?

« Je ne suis jamais là quand il faut, de toute façon. Ajoutai-je, sarcastique.

-Ne t’apitoies pas, ce n’est pas toi qui a le plus souffert dans cette histoire ! Répliqua-t-elle, en haussant le ton.

-Je m’en rends bien compte, mais tu ne m’as jamais donné l’occasion de rattraper mon erreur !

-Tu avais été bien clair pourtant, tu n’en voulais pas de cet enfant ? Pourquoi en aurais tu voulu après ? Ah oui, ça te va bien, tu es là que quand tu en as envie c’est ça ? Tu rappliques quand il est presque adulte, plus qu’un pas à faire et il sera majeur ! Et qui s’est occupé, des couches ? Des nuits blanches ? Des bobos ? Des notes ? De l’amener à l’école ? De le réconforter ? De lui lire des histoires pour l’endormir ? C’est moi et moi seule qui me suis occupée de lui, et tu n’as pas à revenir comme ça, et te plaindre de ta situation !

-Parce que tu ne veux pas que je rencontre mon fils ?! Tu comptes lui cacher mon existence ? De toute façon la ressemblance est frappante, il s’en rendra bien compte à un moment ou un autre !

-Je t’interdis de lui dire !

-Tu vas me l’empêcher ? On l’a fait à deux cet enfant !

-Tu n’as pas changé, toujours aussi égoïste, cet enfant c’est le mien, tu as donné ta contribution, maintenant, c’est trop tard, tu n’as pas été là quand il fallait, tu t’es défilé. Comment ai-je pu penser que tu avais changé ?

-De toute façon je n’ai plus qu’un an à vivre alors tu ne risques plus d’avoir de problèmes !! »

J’avais crié. Non. J’avais hurlé. Le visage de Leïla se décomposa. Réalisant ce que je venais de dire, mes bras devinrent flasques, toute mon énergie s’envola. J’allais mourir. Ce constat me fit peur, et alors la douleur monta. Mon médecin me suivait de près et ne voulait plus que je travaille, d’après lui mon état était stable, mais il pouvait chuter à n’importe quel moment. Je pouvais me sentir bien aujourd’hui et être à l’article de la mort demain.

Leïla me regarda, ses yeux se posèrent sur moi, mais, cette fois ci avec tendresse. Elle n’avait jamais été curieuse, c’est d’ailleurs grâce à ça qu’elle était toujours détachée des situations qui l’entouraient. Elle s’avança vers un placard, en sortit deux verres et une bouteille de vin par la même occasion.

« On va s’assoir je crois qu’il y a un tas de discussion que nous devons rattraper. »

Je lui racontais tout. Ma maladie, le regret de l’avoir laissée, mon envie de corriger les erreurs du passé.

Elle avait passé, pendant sa grossesse, un diplôme qui lui permettait de travailler dans un bureau, en tant que secrétaire. Elle avait un petit salaire, mais essayait tant bien que mal de tout céder à son fils, à qui elle avait tout donné. Elle m’expliqua qu’elle avait nommé notre fils Dimitri pour rendre hommage à son petit frère. Elle avait une vie tranquille. Elle me fit remarquer que jamais elle n’aurait cru avoir une vie aussi calme. Qu’elle n’avait jamais été destinée à ce genre de vie mais que, malgré tout, elle était heureuse et me dit que Dimitri était son bonheur, il était ce à quoi elle pensait jour et nuit, il était la seule chose qui la faisait tenir. Sans qui, elle aurait sombré. Tout avait été très dur pour elle. Je m’en voulais atrocement.

« Je t’en ai jamais vraiment voulu, Alone. Toutes ces années, je n’ai fait que penser à toi, c’était dur sans toi, j’ai presque cru que je ne te verrais plus jamais. Cela me rendait triste. Et maintenant que tu es là… J’apprends que tu vas me quitter une fois de plus.

-Ne pense pas à ça. Je t’en pris. »

Les verres s’enchaînèrent, tels que la bouteille fut finie très rapidement. Je savais que Leïla tenait bien l’alcool, moi en revanche, c’était une tout autre histoire ! Et j’avais l’alcool triste, comme on peut dire, alors avant que la conversation ne dégénère je partis, rentrai dans mon appartement, et m’endormis du sommeil du juste.

 

 

Les semaines qui suivirent, je passais un maximum de temps chez Leïla. Nous n’avions jamais été aussi proche. Je ne savais pas du tout pourquoi, il était possible que Dimitri en soit la cause. D’ailleurs, une complicité se formait entre nous aussi. Il était formidable. Un soir, je restai manger, le repas se passa très bien, nous discutâmes de tout et de rien, tout avait été parfait. Dimitri partit dormir vers minuit, Leïla et moi restâmes ensemble. Elle me posa des questions sur mon état. Jusqu’à une question fatidique :

« Et… Enfin pour l’instant, ça va mais… Quand … Enfin combien de … De…

-Temps ? On ne sait pas. Il ne doit pas m’en rester beaucoup, dans tous les cas.

-Toujours aussi pessimiste…

-Eh oui, je ne changerais pas, tu le sais. Je le sens de toute façon, l’utilisation de mes index se fait de plus en plus difficilement. Mais, je m’y habitue pour le moment. Enfin bon … Jusqu’à …

-Oui… Et tu t’y fais ?

-Me faire à quoi ? A la mort ? On ne s’y fait jamais. C’est comme la douleur, on ne s’habitue pas. Je sais que mon corps me lâche de jour en jour, je deviens incapable d’écrire, porter des choses lourdes sont impossibles, j’ai arrêté de travailler hier, ils ont remarqué que ça n’allait pas, j’ai démissionné.

-Pourquoi est-ce que tu voulais tant continuer ?

-Je ne sais pas trop. Peut être parce que je n’avais rien d’autre. Avant de te retrouver, avec Dimitri, je n’avais absolument rien. Je m’accrochais à ma routine. Vic et Baptiste ne m’ont plus parlé d’ailleurs, plus jamais.

-J’ai croisé Baptiste il n’y a pas longtemps, tout étriqué dans un beau costume, tout ce qu’il y a de plus chic. Il est avocat … Dans le pénal je crois, un truc comme ça.

-J’ai toujours su qu’il a allait réussir.

-Excuse moi de revenir sur le sujet, mais … Qu’est-ce qui t’attend avant la … Le moment fatidique ?

-Eh bien… Mes muscles me lâchent un par un. Je pourrais mourir à cause de mes muscles respiratoires qui me lâcheront un jour ou l’autre ou alors d’une pneumonie. Mais, ne t’en fais pas ! Avant tout ça je deviendrais juste un légume.

-Tu arrives à supporter ça ?

-Parfois, j’ai envie d’en finir maintenant, ne pas attendre de mourir à petit feu jusqu’à ce que je devienne totalement dépendant des personnes qui m’entourent. Je ne veux pas être un fardeau.

– Tu voudrais te suicider ?!

– Parfois, oui. Tu connais la citation de Hemingway ?

-Non, dis moi.

– Quand deux personnes s’aiment, il ne peut y avoir de fin heureuse. Voilà ce qu’il a dit. »

Elle me regarda, les yeux écarquillés. Jamais je ne lui avais avoué mes sentiments. Elle s’approcha, s’assit près de moi dans le canapé, et se mit en boule, la tête sur mon épaule. Elle était minuscule, Le souffle qui sortait de son petit nez en trompette tapait sur mon bras, cela ma donna la chair de poule.

« Alone ?

-Oui ?

-Je t’ai toujours aimé. »

Moi aussi je l’avais toujours aimé. Malgré la maladie, malgré tout ça.

 

Je perdais toute mes capacités musculaires, et plus vite que je ne l’aurais pensé. Je n’arrivais plus à bouger mon bras gauche ou vraiment que légèrement. Mâcher me devenait de plus en plus difficile, et je perdais du poids très vite. La dégradation de mon corps me faisait peur. Je ne savais que faire. Je songeais de plus en plus sérieusement au suicide, mais amener le sujet avec Leïla m’était insupportable. Pourtant je pris mon courage à deux mains et un soir, je lui ai dit :

« Leïla, ne m’interromps pas, j’ai quelque chose d’important à te dire et ça ne va pas être facile. Je ne veux pas mourir amorphe, je ne veux pas avoir des soins tous les jours, je ne veux pas perdre ma dignité, je ne veux pas avoir des machines pour respirer, devoir être tributaire des autres. J’ai pris ma décision. Je veux mourir maintenant, avant de vivre tout ça. Quoique tu puisses me dire, je ne changerai pas d’avis. Je sais, je suis encore égoïste, je pourrais encore profiter de Dimitri, et de toi, mais, cela ne sera jamais plus pareil. »

Elle m’avait écouté calmement, sans broncher. Alors, lentement, elle me répondit :

« Jamais je ne te dicterais comment il faut que tu meurs. »

Alors, elle s’approcha de moi, se mit sur la pointe des pieds, prit mon cou entre ses deux mains et posa sur mes lèvres un baiser, un baiser tendre et plein de sentiments. Un baiser qui voulait dire : je suis encore à toi, et je te soutiendrai coûte que coûte.

Je redoutais le « au revoir » avec Dimitri. Il ne savait même pas que j’étais son père, peut être s’en doutait-il. Je n’en avais aucune idée, dans tous les cas, je ne voulais pas lui dire adieu. Cela était impossible pour moi de penser que j’allais le quitter une deuxième fois. Je ne m’y résolus pas. Encore une fois je me défilai, mais c’était trop dur.

 

Le fameux soir arriva, j’avais fait comme si de rien n’était avec Dimitri, je lui avais dit au revoir comme si j’allais revenir le lendemain. C’était dur, mais jamais je n’aurais pu avoir le courage de lui dire adieu de vive voix. Leïla m’avait suivi, elle avait demandé à une de ses collègues de garder Dimitri. Nous, nous étions sensés aller au cinéma ou je ne sais quoi. Nous allâmes chez moi, j’avais tout préparé. Je m’étais débrouillé pour trouver un médicament assez fort pour ne pas que ça dur trop longtemps. Nous nous parlâmes allongés sur le lit, de tout de rien, comme des enfants, insouciants. On aurait dit qu’on avait oublié ce qui allait se passer. Nous attendîmes minuit. C’était dur pour moi, j’étais très vite fatigué. Rester éveillé la nuit m’était vraiment difficile. Nous avions un plan, nous resterions chez moi pendant quelques heures, puis je prendrais les cachets. Leïla avait absolument voulu rester.

A minuit pile, nos regards se croisèrent, nous savions tous les deux ce que cela voulait dire.

« Attends, Leïla, j’ai quelque chose à te montrer. »

Je me baissai et retrouvai un carnet.

« Qu’est-ce que c’est ? Me demanda-t-elle, interloquée.

-Je voudrais que tu le lises, c’est pour toi, fais en ce que tu en veux.

-Je te promets de le lire. »

Elle me prit dans ses bras, lentement. Elle blottit sa tête dans mon cou, pour trouver un certain réconfort. Alors, je sentis une larme, elle coula le long de mon épaule. Je me mis moi aussi à pleurer. Rien n’est plus dur que de savoir la mort aussi proche. Je voyais la faucheuse à travers la fenêtre me faisant des signes.

« Allez, du courage ! Saches que je t’ai toujours aimée, Leïla. Que je n’ai toujours aimé que toi. Tu as été la meilleure chose qui me soit jamais arrivée, avec Dimitri.

-Moi aussi je t’aime. Tu me manqueras…

-Oh toi aussi. Cette foutue maladie… J’aimerais pouvoir rester à tes côtés jusqu’à ce qu’on soit vieux, ne pas te quitter alors qu’on aurait pu avoir au moins quarante ans devant nous ! J’aime notre fils, il est le meilleur garçon dont j’aurais pu rêver, merci de t’en être aussi bien occupé.

-C’est normal. Toi, saches que les moindres petites rancoeurs que j’avais contre toi sont disparues. Ca parait idiot de dire ça mais… Je ne veux pas te voir partir sans te le dire. Sache que je t’aime trop pour t’en vouloir, et je suis heureuse de t’avoir laissé ta deuxième chance. »

Nous nous embrassâmes, pour la dernière fois. Le plus magique, le plus intense, le plus sensationnel des baisers. Je pris la boite, et avalai les cachets, un par un. Il restait quelques minutes avant que les comprimés agissent. Je m’allongeai et Leïla se recroquevilla contre moi. Alors, je me remémorai toute ma vie. Et si elle n’en avait pas valu le coup ? Je n’avais jamais eu ce que je voulais, et maintenant, mon existence s’achevait misérablement.

Enfin j’avais retrouvé mon bonheur, je pensais que ce bonheur était le but de ma vie, mais non. Il se gagne. J’avais toujours voulu corriger mes erreurs, gommer les imperfections. J’avais tout fait pour mourir en paix et heureux, mais je me rendais bien compte que la félicité n’était qu’un des symptômes de cette douce maladie qu’on appelait bonheur. Je mourrais auprès de la femme que j’aimais et ça, c’était le plus important. Je sentais la chaleur de son corps contre moi. Je mourrai lentement, pour partir au paradis ou en enfer, peu m’importait. Où que je sois, j’allais attendre que Leïla me rejoigne. J’étais persuadé que nous allions nous retrouver autre part. Nous serons enfin réunis, pour toujours.

 

 

 

Leïla partit. Ses larmes ne voulaient pas s’arrêter de couler. Elle avait le carnet dans la main, elle devait attendre le matin pour arriver chez Alone, et faire comme si elle venait de découvrir le corps, personne ne devait savoir qu’en fait, Alone avait été accompagné.

Elle ne savait que faire en attendant… Devait-elle rentrer ? Non, ce n’était pas possible. Elle s’assit sur un banc. Une petite brise, une brise tiède passa dans son cou, et lui sécha ses larmes. A la lumière du lampadaire au dessus d’elle, elle ouvrit le carnet, et découvrit des pages noircies par l’écriture hésitantes d’Alone. Il avait une écriture enfantine, ronde, difficile à comprendre. Pourtant, elle lut les pages, les enchaîna à une allure folle. Toutes ses pensées, toute sa vie étaient inscrites dans ce carnet. Alone avait consigné tout ce qu’il avait gardé pour lui toutes ses années, ses joies, ses peines, la perte de sa mère, puis celle de son père.

Alors, elle comprit tout de lui, elle lisait à travers son amour, son amant, son ami. Il n’avait pas eu une vie facile. Quand il avait quatre ans, sa mère eut un accident de voiture, elle était morte sur le coup, il était dans la voiture lors du drame. Son père était alors parti en dépression, alcoolique, il ne s’occupait pas de lui. Alone avait toujours fait tout, tout seul. Alors, il avait rencontré Baptiste et Victorien au lycée, ils décidèrent de créer un groupe, ils se reconnaissaient dans la musique, elle était un exutoire. Ils avaient fait des castings, parce que malgré leur goût pour la musique, aucun d’entre eux ne savait chanter. Leïla fut choisie. D’après eux, elle avait une voix rocailleuse, qui collait tout à fait avec ce qu’ils recherchaient. C’est à cette époque que le père d’Alone partit rejoindre sa mère. On avait jamais vraiment su s’il s’était suicidé ou si ces vices avaient eu raison de lui. Puis, ils furent célèbres, ce moment de leur vie était passé très vite. En un rien de temps, ils étaient mondialement connus. Bien sûr, ils avaient travaillé pour ça, pendant des années. Enfin, de fil en anguille arriva ce qui arriva, Leïla tomba enceinte.

Tout était clairement énoncé dans le carnet. Quand elle eût fini, elle tourna les dernières pages, et tomba sur une toute particulière.

 

Leïla,

Si tu lis ça, c’est que je ne suis plus de ce monde, mais nous nous quittons pour mieux nous retrouver plus tard, n’est-ce pas ? J’aime penser que nous serons vraiment ensemble un jour. Je veux que tu saches que je m’en veux, seulement, je voulais réparer mes erreurs auprès de toi. Je ne sais pas trop si tu m’en veux encore… Dans tous les cas, je suis heureux d’avoir eu un fils aussi magnifique, formidable. Je sais, j’ai déjà dû te le dire, mais ça faisait si longtemps que je voulais le rencontrer. Enfin, je n’ai pas écrit cette page pour te faire part de mes sentiments encore une fois. Je l’ai écrite parce que j’ai une surprise pour toi. Je voudrais que tu ailles chez le libraire de vieux livres, celui qui est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je voudrais que tu montes à l’étage de cette boutique, et que tu ailles voir la malle en bois au fond de la pièce, dans le coin gauche. Ouvres la. Tu trouveras vite ce que tu cherches, ne t’en fais pas.

Encore une fois, je t’aime.

Alone Di Stephano.

 

 

  Les larmes ne cessaient de couler sur les joues blanches de Leïla. Elle se leva, et marcha jusqu’à la librairie, seule enseigne éclairée sur toute la rue. Quand elle ouvrit la porte une clochette sonna signalant son arrivée. Elle s’avança, monta l’escalier et alla au coffre en bois dans le coin gauche de la pièce, tout au fond. Elle ouvrit le coffre et découvrit une petite boite à chaussure. Elle la sortit et s’assit sur un des fauteuils en cuir qui se trouvaient au milieu de la pièce. La boite sur les genoux elle l’examina. Il l’avait totalement peinte en blanc, et sur le dessus, il avait écrit « Quand deux personnes s’aiment il ne peut y avoir de fin heureuse. Ernest Hemingway. » Elle l’ouvrit, le cœur battant et les larmes ruisselantes. A l’intérieur se trouvaient plein de petits objets. Son regard se posa sur deux papier rectangulaires : Des billets d’avion en destination de la Floride. Quand ils étaient en concert en Floride, elle lui avait répété des centaines de fois qu’elle rêvait de vivre là bas. Elle examina les billets plus précisément, ce n’était qu’un allé. La curiosité de Leïla fut piqué à vif, elle ne pût s’empêcher de regarder la suite. Il y avait deux clés, la première était étiquetée : NE 50th avenue MIAMI. Il y avait aussi des clés de voiture, de la marque Mini. Sur le côté se trouvait une petite carte, c’était une carte bleue sur laquelle était collé un post-it : « Je ne compte plus l’utiliser à présent, tout ce que j’avais est à toi. » Les larmes se décuplèrent, une hache s’était abattue contre la poitrine de Leïla, c’était une sensation encore plus bizarre que de perdre un proche. Alone était plus qu’un proche pour elle. Dans le fond de la boite se trouvait un dernier élément ; Une enveloppe sur laquelle se trouvait l’inscription : « DIMITRI ». Leïla ne pût s’empêcher de l’ouvrir et de regarder ce qu’il y avait dedans.

 

  Dimitri,

Je sais qu’on ne se connait que depuis peu, mais sache que j’ai été content d’être avec toi. Je ne t’en avais pas parlé mais, pendant tout ce temps, j’étais malade, et je savais que je n’avais plus beaucoup de temps devant moi. Je suis désolé de ne pas t’avoir fait mes adieux en face, mais je n’en ai pas trouvé le courage.

J’espère que tu réussiras à t’occuper de ta mère, mieux que ce que je n’ai pu le faire. Parce que oui, je l’aime ta maman, et je l’ai toujours aimée. Si un jour, tu doutes de toi, tu penses que tu ne vas pas réussir regarde le ciel, les nuages ou les étoiles, et penses à moi très fort, je serais là pour te redonner courage. Parce qu’il paraît que le courage est la magie qui transforme les rêves en réalité. Ne l’oublie surtout pas.

Comme je sais que tu veux créer un groupe, avec cette lettre tu trouveras une photo du meilleur groupe de rock de tous les temps.

J’espère que tu ne m’en voudras pas,

    Je t’aime.

Alone Di Stephano, ton papa.

 

Leïla était en boule dans le fauteuil et pensa à Alone de toute ses forces, elle le remerciait, et elle espérait qu’il l’entendait, où qu’il soit. Elle songea à ce qu’avait écrit Guillaume Apollinaire : « Lorsque deux nobles cœurs se sont vraiment aimés leur amour est plus fort que la mort elle-même. Cueillons les souvenirs que nous avons semés. L’absence, après tout, n’est rien lorsque l’on s’aime. »

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s