Le selfie est-il un nouvel art ?

Depuis le commencement de l’humanité, l’Homme n’a de cesse de vouloir laisser une trace ; marquer son époque, marquer les siècles suivants. Et si cela était une réponse au désir d’immortalité ? Rester en mémoire à jamais, exister pour toujours. Des premières peintures murales aux photographies prises avec un smartphone, n’y-a-t-il pas un lien continuel et irréversible ?

Par le portrait, d’abord, l’Homme a cherché à se démarquer. Il fallait être puissant pour posséder son portrait, riche pour s’offrir les meilleurs peintres. Déjà, à l’époque, tout est question de mise-en-scène : immortaliser son quotidien et ses actions en les sublimant. L’artiste n’était ici que l’artisan de l’homme puissant, mais c’est bien lui qui immortalise un portrait dans le temps. Hyacinthe Rigaud offre ainsi à Louis XIV un visage royale immortel, Jacques-Louis David peint Napoléon Bonaparte et en fait un éternel redoutable chef de guerre.

Et puis, en 1433, vient le temps de l’autoportrait avec Jan Van Eyck. L’artiste devient sa propre muse ; il offre sa représentation la plus personnelle car celle de lui-même. La question du narcissisme se pose naturellement, mais la réponse est bien plus profonde que ça. Et si l’autoportrait cachait un manque de confiance ? Ancrer sa jeunesse par peur de vieillir, et à travers elle par peur de mourir ; plaire ou se plaire à un âge et vouloir immortaliser cet instant gratifiant, n’est-ce pas le but du portrait ? L’artiste se fige alors dans le temps par désir de puissance ou par peur de disparaître. Ci-dessous, Salvador Dali et Pablo Picasso s’immortalisent dans Autoportrait mou avec du lard grillé et L’autoportrait face à la mort.

La peinture, sans pour autant s’effacer complètement, laisse une place à la photographie dans le spectre culturel. Des années plus tard, le smartphone vient débrider un art déjà démocratisé en inventant une nouvelle technique : le selfie.

L’autoportrait devient accessible, immédiat, répétitif et instantané. Les hommes et les femmes deviennent leur propre publicité, adoptent une mise-en-scène quotidienne et maîtrisent leur image en permanence.

Cet art, que l’on pense, à tort, nouveau, s’est trouvé une reine : Kim Kardashian.
Décriée, contestée, détestée, adulée, n’est-ce pas là une preuve de l’existence de cet art ? Ces selfies ont donné lieu à un recueil, Selfish, édité par Rizzoli, habituée aux livres d’art et de culture.

Du Roi de France Louis XIV à la Reine des réseaux sociaux Kim Kardashian, le portrait ne cesse d’évoluer, de se développer, de se transformer. Reste pourtant cette trace de soi et donc cette trace de l’Homme. Marquer l’Histoire ou les mentalités n’est plus qu’à un clic. Avec son célèbre Break The Internet et ses nombreuses provocations, Kim Kardashian fait débattre au-delà des frontières. Le selfie est bel et bien un nouvel art.

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Kim Kardashian West: Selfish

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